Jusqu’à quand, Seigneur?

Psaume 13,2-6:  Jusqu’à quand, SEIGNEUR? M’oublieras-tu toujours? Jusqu’à quand me cacheras-tu ta face? Jusqu’à quand me mettrai-je en souci, le chagrin au cœur tout le jour? Jusqu’à quand mon ennemi aura-t-il le dessus?
Regarde, réponds-moi, SEIGNEUR mon Dieu! Laisse la lumière à mes yeux, sinon je m’endors dans la mort, mon ennemi dira: « Je l’ai vaincu », et mes adversaires jouiront de ma chute.
Moi, je compte sur ta fidélité: que mon cœur jouisse de ton salut, que je chante au SEIGNEUR pour le bien qu’il m’a fait!

Pour les privilégiés dont je fais partie, nous trouvons des aspects positifs à ce confinement avec par exemple un rythme de vie ralenti, avec moins de circulation, la possibilité de profiter du jardin, sortir quand même nous aérer. Toutefois, il y a aussi des aspects plus pesants comme les proches qui nous manquent, en particulier ceux que nous ne voyons plus afin de les protéger. Pour une bonne partie d’entre nous, cette situation pose des problèmes très pragmatiques comme l’impossibilité de travailler ou alors des mesures très lourdes pour maintenir un bout d’activité. Ou alors carrément une surcharge de travail dans certains domaines comme la santé, certains magasins ou les livraisons à domicile. Quelle que soit notre état d’esprit, nous sommes bien conscients que cette situation ne pourra pas durer éternellement, qu’il faut une reprise des activités pour retrouver des repères qui nous manquent, une sécurité à laquelle nous nous rattachons, la possibilité de travailler pour nous assurer le nécessaire.
Une situation temporaire à laquelle nous nous sommes habitués de force, mais qui dure déjà depuis quelques temps! En vérifiant les dates, je me rends compte que le semi-confinement a commencé il y a un mois et demi. Et en réalité, ça fait déjà deux mois que ce cher Covid – comme nous le rappellent les économistes – a commencé à avoir des répercussions dans notre quotidien. Et encore quelques mois avant, les médias nous parlaient de l’épidémie en Chine, puis en Italie, et finalement en Suisse… Un moment que nous sommes confrontés à un danger dont nous entendons les ravages mais qui reste invisible à nos yeux et que nous risquons de transmettre plus loin sans le savoir, et surtout, sans le vouloir. Dans un premier temps, cette actualité nous a soudés: nous avions un ennemi commun auquel nous devions faire face en tant que société! Cet ennemi est toujours là, mais une part de lassitude s’est installée et la lutte nous épuise par ses conséquences. Un moment que ça dure, et que comme le psalmiste, nous nous demandons jusqu’à quand…
Bien que nous ayons apparemment passé le pic et vivions une levée (très) graduelle du confinement, il reste encore un bout de chemin pour retrouver nos repères. Nous voyons une reprise progressive des divers secteurs économiques et de l’école, mais celle-ci s’accompagne de mesures lourdes. Dans le même temps, nous savons aussi que ce dé-confinement ne signifie pas encore un retour à la normale: il n’est pas encore question de dé-confiner les aînés, de faire des grandes tablées coude contre coude, de tout reprendre comme avant. Et quand pourrons-nous retrouver des gestes aussi anodins que nous serrer la main et nous faire la bise? Nous voyons une évolution, mais pas encore de retour à avant, alors nous nous demandons encore: jusqu’à quand? D’un côté, nous voudrions que les restrictions soient levées plus rapidement et pouvoir dire que nous avons vaincu ce fichu virus et sommes toujours debout, vivants! De l’autre côté, nous savons que la fuite en avant ne règlerait pas le problème, que trop anticiper la résolution nous replongerait dans la crise. C’est le paradoxe de celui qui demande la patience: «Seigneur, donne-moi la patience… tout de suite!»
Nous voudrions un retour à avant tout cela, au temps où nous n’avions pas ces questions… et oublions qu’alors, tout n’était pas si rose, que nous avions simplement d’autres sujets de plaintes. Cela nous rappelle notre tendance à dramatiser le présent et idéaliser le passé mais ne résout pas le problème. Je vous propose une autre piste, celle de l’élan. Comme notre vie est faite de crises successives et que la stabilité recherchée est toujours passagère, prenons un temps pour nous rappeler les élans qui nous ont porté. Où avons-nous trouvé la confiance et l’énergie pour traverser les crises précédentes? Plutôt que de nous focaliser sur le fantasme d’une absence de difficultés, mettons au centre le souffle de vie qui nous a permis de tenir debout ou de nous relever jusque-là. Puisque nous sommes vivants aujourd’hui, c’est que ce souffle a toujours trouvé un chemin pour nous traverser. À la question de savoir comment nous allons, une réponse classique est « Puisqu’on est là. » Effectivement, le fait que nous sommes là est la preuve que ce souffle – même vacillant – continue à nous traverser!
Nous pouvons reprendre pour nous ces mots du psalmiste; nous pouvons lui remettre nos questions et notre lassitude, nous pouvons lui dire notre colère et nos revendications, nous pouvons aussi le remercier pour sa fidélité à nos côtés. Cette fidélité ne relève pas de l’argument rationnel; elle est plutôt une confiance qui s’est construite dans la durée, à travers les crises. Quand nous regardons le passé avec nostalgie et l’avenir avec incertitude, rappelons-nous que le souffle de vie que notre Dieu nous donne nous a porté jusque-là et qu’il continue à nous porter aujourd’hui.

Nicolas Merminod.