Barthélémy ou Nathanaël

«Viens et vois!»
Jean 1,35-51

Un tiers indique le chemin
Quels panneaux indicateurs vous ont mené vers Dieu? Pour que vous soyez présents ici aujourd’hui, il a bien fallu que des personnes vous parlent de Dieu et que les générations précédentes nous fassent parvenir les textes bibliques. Pour ma part, je ne serais probablement pas ici aujourd’hui sans quelques rencontres décisives avec des pasteurs ou des amis qui ont eu des paroles fortes, qui m’ont parfois suggéré que Dieu m’invitait à la relation, qu’il m’appelait à une place particulière ou que tel évènement était un signe qu’il m’accompagne. Et aujourd’hui encore, je ne suis pas totalement arrivé à destination; j’ai régulièrement besoin que des amis me rappellent à la prière, à la confiance!
Je me dis que je ne suis pas un cas isolé; les deux premiers disciples ont ici besoin que Jean leur indique Jésus pour commencer à le suivre. Puis Simon a besoin que son frère André lui dise avoir trouvé le Messie pour aller à sa rencontre. Et malgré le scepticisme qu’il affiche, Nathanaël a besoin du témoignage de Philippe pour venir à Jésus. Peu importe que nous accueillons ces panneaux indicateurs avec joie ou scepticisme, pourvu qu’ils nous mènent à Jésus.
Je n’ai aucun doute que Dieu a une relation particulière avec chacun-e de vous, et cela a pu se réaliser parce qu’il a su mettre suffisamment de témoins vous indiquant le chemin vers lui. En jetant un regard en arrière, pouvez-vous reconnaître quelques personnes ou paroles qui ont été décisives pour vous?

Les mouvements convergent vers Jésus
La foi implique toujours un mouvement, parce qu’elle nous amène à faire des expériences, des découvertes. En fait, comme une randonnée; même si nous sommes libres de chercher d’autres chemins, nous nous fions tout de même aux panneaux indicateurs. Pas forcément besoin d’aller loin, juste de quitter nos repères habituels si bien que nous sommes changés même en restant au même endroit. Juste besoin de faire un premier pas et de prendre le risque de l’expérience.
Surtout, nous devons nous mettre en mouvement parce que c’est le seul moyen de vivre une expérience qui nous transforme et de sortir des discours. D’ailleurs que dire? Quels mots pourraient rendre compte de nos expériences et expliquer notre engagement dans un métier, une communauté ou dans une action sociale? Lorsque les premiers disciples demandent à Jésus où il demeure, il répond par l’invitation: “Venez et vous verrez”. Lorsque Nathanaël exprime son scepticisme, Philippe lui répond de même: “Viens et vois.” D’autres fois, c’est nous-mêmes qui disons ces paroles, simplement parce que les mots ne peuvent pas rendre compte de notre expérience.
Ce texte nous rappelle que la foi est une question d’expérience plutôt que d’explication. Inutile d’accumuler les connaissances; il nous d’abord venir… et en nous déplaçant, alors nous verrons. Tant que nous ne prenons pas ce risque, tant que nous refusons de bouger, nous sommes dans la situation des élèves qui veulent apprendre à nager en restant dans une salle de classe.

Jésus révèle notre identité
Quand nous venons et prenons le risque de l’expérience, nous voyons parfois avec bonheur que nous sommes à notre place. D’autres fois, nous regrettons notre décision… Dans ce cheminement vers Dieu, nous découvrons un pan de notre identité puisque chaque pas nous conforte dans cette voie ou nous indique un autre chemin. Que ce soit pour les revendiquer ou les balayer, nous donnons un sens aux témoignages qui nous ont guidés. Dans ce cheminement vers soi-même, nous pouvons reconnaître notre identité d’enfant de Dieu et nous regardons aussi vers le ciel, vers cette réalité qui nous dépasse. À travers chaque pas, et même chaque faux-pas, nous trouvons encore des mains tendues qui nous témoignent la bienveillance de Dieu et nous rappeler que la réalité de Dieu est plus vaste que la nôtre.
Dans ce texte, tous les mouvements convergent vers Jésus. Et que découvrent les disciples auprès de lui? Simon et Nathanaël découvrent qu’ils sont accueillis. Jésus les regarde, puis il leur dit leur véritable identité. Simon est Pierre, Nathanaël est un véritable Israélite. Avant qu’ils ne viennent à sa rencontre, Jésus les avait déjà vus, ils les avaient même déjà choisis (15,16) afin qu’ils deviennent des témoins, des panneaux indicateurs pour d’autres.
J’entends parfois des personnes demander l’utilité de croire. je n’ai pas de réponse satisfaisante. Tout comme je ne peux pas répondre quand on me demande pourquoi je crois et comment j’ai choisi de croire. Comme croyants, nous ne pouvons pas tout expliquer, simplement parce que l’expérience va au-delà de nos mots. Toutefois, nous venons et découvrons qu’à travers nos mouvements, Dieu sait nous guider vers lui. Nous venons et voyons que nous sommes les enfants qu’il aime. Quand nous sommes questionnés sur notre foi, nous pouvons aussi répondre par une invitation: “Viens et vois.”

Amen.
Nicolas Merminod

 

Prière de Marion Muller-Colard (dans son livre Éclats d’Évangile)
Il a fallu, pour te reconnaître, qu’un frère te connaisse avant moi qu’il porte sur lui un éclat de ta grâce sans savoir dire pourquoi.
Il
a fallu, pour te croire, des frissons, du sensible, quelque chose dans l’air et accorder crédit au sourire d’un frère.
Il
a fallu un peu d’audace et beaucoup de confiance, des chemins de traverse et le vent dans le dos.
Il
a suffi, pour te suivre, de sonder ton regard, boire dans ta Parole le courage à sa source, entendre l’exigeante bienveillance avec laquelle tu donnes son vrai nom à chacun.

Amen.