Culte du 21 février 2021 «Le retour des oiseaux» à l’occasion de la campagne de PPP et d’AdC

Je guette ce matin la lumière victorieuse de lobscuri, le feu de lorigine qui irradie encore dans léclat du soleil levant, le rougeoiement de la vie qui rayonne lorsque paraît la terre, qui se reflète sur la mer et le ciel.
J
e guette ta lumière, ô Dieu, dans les yeux de chaque créature vivante, dans l’étincelle éternelle de mon âme.
S
i jai la grâce de voir ce jour, jentreverrai ta présence dans toutes ces vies.
A
ccordemoi la grâce de discerner cela aujourdhui. Oui, accorde-moi cette grâce !
d’
après J. Philipp Newell

Genèse 9, 815
Marc
1, 12-15
«J’établis mon alliance avec vous, ainsi qu’avec vos descendants et avec tout ce qui vit autour de vous : les oiseaux, les animaux domestiques ou sauvages, ceux qui sont sortis de l’arche et tous ceux qui vivront à l’avenir sur la terre. » C’est la promesse de Dieu à la famille de Noé. L’alliance qui marque le début d’une longue relation, forte, tumultueuse entre Dieu et l’humanité. Oui, plus jamais, dit Dieu, je ne détruirai ainsi la vie sur terre… Dieu a tenu promesse.
Oh, bien sûr, il y a des catastrophes, des tremblements de terre, des tsunamis, des incendies. Mais, s’ils détruisent des vies, ils ne remettent pas en cause LA vie dans son essence et dans sa diversité. Au contraire, là où le feu, la lave ou l’eau passent en quantité, la vie renaît souvent encore plus riche, plus luxuriante qu’avant.
Dieu a tenu promesse. Et nous ? Nous, nous vivons un temps où nos activités, nos moyens techniques, nos besoins élémentaires ou superficiels, notre mode de vie, n’ont jamais eu autant d’impact sur notre environnement.

Dans le monde, chaque année :
–    la pollution tue 8,7 millions de personnes (Harvard University, chiffres 2018). Soit un décès sur cinq dans le monde.
–    on compte 1,35 million de décès sur les routes (pour 20 à 50 millions de blessés).
–    (pour rappel le Covid-19 a tué 2,4 millions de personnes depuis le début de la pandémie).
–    ce sont plus de 95’000 km2 de forêt qui disparaissent (plus de 2x la Suisse ou 1x le Portugal)

… et chaque jour:
–    on produit 256 millions de kilos de céréales… et 671 millions de kilos de plastique,
–    et «last but not least»: on perd en moyenne 75 cheveux chacun·e. C’est terrible!
Enfin… surtout pour vous…

Oui, nous détruisons notre environnement, de plus en plus rapidement. Ce n’est pas une lubie d’écolo… ce sont des chiffres.
Tenons-nous notre part de l’alliance ?
En relisant le texte de la Genèse, on constate que ce n’est pas qu’à l’humain que Dieu a fait une promesse, mais à la Création tout entière : « J’établis mon alliance avec vous, ainsi qu’avec vos descendants et avec tout ce qui vit autour de vous : les oiseaux, les animaux domestiques ou sauvages. »
Notre mode de vie, s’il nous permet la croissance et le bien-être matériel (et encore, à une minorité), ne profite pas à la nature, à la faune, à la flore.
Comment tenons-nous notre rôle dans cette alliance ?
Nous vivons DE la Création, certes. Mais pouvons-nous vivre AVEC la Création ? Quelle place laissons-nous dans l’alliance aux oiseaux, aux animaux, à la nature ?
Historiquement, culturellement, religieusement, nous avons pris l’option de gérer la planète et ses ressources à notre profit. C’est ainsi que nous avons compris l’invitation de Dieu à être «les maîtres des poissons dans la mer, des oiseaux dans les cieux et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre.» (Gn 1, 28).
Le « sauvage » doit être domestiqué, assujetti. On retrouve cette notion dans toute l’histoire de notre monde occidental, et aussi dans l’évangile de Marc, avec cette tension entre les bêtes sauvages et les anges, qui environnaient Jésus dans sa retraite au désert.
Pourtant, s’il nous dit que les anges le servaient, Marc ne nous dit pas que les bêtes sauvages étaient un danger pour lui: «Il était AVEC les bêtes sauvages». Pour faire face au Mal, Jésus est AVEC les bêtes sauvages et AVEC les anges.
Oui, Dieu avait choisi de « donner l’herbe verte comme nourriture à tous les animaux terrestres, à tous les oiseaux, à toutes les bêtes qui vont et viennent au ras du sol, bref à tout ce qui vit. » (Gn 1, 30). C’est aussi aux animaux qu’il confirme l’alliance après le déluge.
Dans ce temps de carême qui nous mène à Pâques, traditionnellement un temps de retraite, de jeûne, prenons le temps de méditer à cette alliance que Dieu a proposée. Se retirer, méditer, se documenter, pour mieux se lancer : oui, nous pouvons agir. Voir et agir, c’est d’ailleurs le thème de la campagne à laquelle nous invitent cette année encore Pain pour le Prochain et Action de Carême. Et c’est maintenant.
Au sortir de ses quarante jours passés dans le désert, Jésus agit: il «va en Galilée. Il an-nonce la Bonne Nouvelle de Dieu» et il dit: «Le moment décidé par Dieu est arrivé, le Royaume de Dieu est tout près de vous. Changez votre vie et croyez à la Bonne Nouvelle!»

Agir, changer de vie, c’est aussi pour nous ! Le moment est venu. Bien sûr, nous pouvons continuer à soutenir les projets de développement, par exemple celui d’Action de Carême en Haïti : un reboisement qui ramène l’eau aux villageois, et qui fait revenir les oiseaux (voir le Calendrier de carême 2021). Mais aussi changer notre manière de consommer ici. On peut par exemple faire « février sans supermarché », consommer local, réduire nos emballages… Pour ne pas continuer à vivre DE la planète, mais de vivre AVEC la planète. C’est l’alliance voulue par Dieu, c’est aussi cela le royaume qui est déjà-là. Il en va de notre vie à nous toutes et tous.

Amen.
Bertand Quartier