Marc 1. 21-28

Une autorité qui appelle à la relation, Marc 1. 21-28

Une renommée qui se répand
Apparemment, Jésus enseigne bien. Même très bien puisque son autorité est reconnue. Son enseignement provoque l’étonnement de la foule (v. 22) et ce sentiment est renforcé après que Jésus a libéré l’homme de l’esprit impur (v. 27), si bien que la renommée de Jésus se répand rapidement dans la région (v. 28). Comme lecteur, j’ai un lecteur: le texte ne rapporte pas un mot de cet enseignement qui provoque des réactions aussi vives! Passons cette frustration et entrons plus en profondeur dans le texte.

Reconnaissance de l’autorité
Je commence par la question de l’autorité qui me paraît parfaitement d’actualité. Tout le monde peut prendre la parole à la synagogue, il n’y a pas besoin d’être un maître reconnu. Alors pourquoi l’autorité de Jésus étonne-t-elle l’auditoire? Parce qu’il n’est pas l’élève d’un maître reconnu. Jésus n’a donc aucune qualification, aucun titre à brandir qui attesterait que sa parole est sérieuse. Tout le monde peut prendre la parole, mais tout le monde n’a pas la même autorité. Alors pourquoi croire Jésus? Lorsque ma voiture a un problème, je préfère me fier au garagiste formé et expérimenté que demander l’avis d’un ami aussi bricoleur que moi. Et vous? Ou dans un autre registre, lorsque j’entends un discours religieux, je cherche à connaître le profil de l’orateur: est-ce qqun qui prétend avoir eu une révélation? un ministre d’une Église reconnue? qqun qui a étudié en profondeur la Bible? Une fois que j’ai observé ces points et fait une appréciation – toujours personnelle – de la validité de ses paroles, je décide du crédit que je leur accorde. C’est d’ailleurs ici le réflexe de la foule: elle se demande ce que signifient ces évènements et qui est l’homme qui peut enseigner et agir ainsi (v. 27) en l’absence de toute autorité institutionnelle.
Une chose est sure: les personnes présentes se sentent interpelées. D’une part parce qu’elles écoutent Jésus et d’autre part parce qu’elles en parlent dans la région. Nous ne savons pas ce que Jésus enseigne, mais ces personnes vivent visiblement une expérience marquante, tellement marquante qu’elles sont partagées entre l’émerveillement et la crainte. Des croyants potentiels, en tout cas des humains qui cheminent…

Un homme retrouve la parole
Venons-en à la guérison. Un homme interpelle Jésus: « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es: le Saint de Dieu! » Qui est-ce qui parle? Il est d’abord question d’un nous pluriel, puis c’est un je singulier qui prend le relais. Le texte donne une piste en mentionnant que l’homme est possédé par un esprit impur. Pas besoin de mettre un diagnostic médical pour méditer ce texte; reconnaissons simplement que cette interpellation rend toute relation impossible. Demandons-nous aussi si nous sommes vraiment les auteurs de chacun de nos paroles. Que ce soit à cause de la peur, d’un traumatisme passé ou autre chose, il arrive aussi que nos affirmations soient des portes fermées aux autres, à Dieu lui-même.
Jésus répond par un double impératif aussi bref que sec: « Tais-toi » puis « Sors de cet homme ». Pourquoi commencer par faire taire cette voix? Celle-ci affirme à juste titre que Jésus est le Saint de Dieu, mais cette affirmation suggère que toute relation est impossible: l’impur ne peut pas se tenir en présence du Saint. Toutefois, Jésus se fiche d’être reconnu par les esprits; c’est avec les humains qu’il cherche la relation. Peu importe par quels mots les esprits l’interpellent; Jésus se soucient des mots par lesquels les humains l’interpellent. Aussi, il fait taire l’esprit impur puis le fait sortir de cet homme. Celui-ci n’est alors plus un corps animé par l’esprit impur mais redevient un humain qui peut agir et et parler par lui-même. Cet homme peut maintenant se joindre à la foule; il peut à son tour entrer en relation avec Jésus, il peut à son tour se questionner sur Jésus et dire une parole dont il soit l’auteur. Le fera-t-il? Le texte ne dit si la relation s’établira mais elle devient en tout cas possible.
La foule présente retient que Jésus chasse l’esprit impur mais ne relève pas qu’il l’a d’abord fait taire. De même, elle ne retient pas l’affirmation que Jésus est « le Saint de Dieu » puisqu’elle se questionne sur son autorité. Et c’est tant mieux; les personnes présentes ne prennent pas les paroles prononcées comme une réponse définitive à leur questions mais cheminent à partir de leur propre expérience, de ce qu’elles ont entendu Jésus dire, de ce qu’elles l’ont vu faire. Ce sont des humains qui voient et entendent, des humains qui se questionnent et laissent ainsi une porte entrouverte à Dieu.

Devenir auteur de notre confession de foi
Au fil de nos lectures et de nos rencontres, nous avons entendu beaucoup de paroles sur Dieu et je me réjouis de celles qui nous amènent à faire quelques pas de plus, à nous risquer dans la relation avec lui. Surtout, cela nous rappelle que Dieu suscite des paroles qui franchissent nos barrières pour nous interpeler là où nous sommes, pour nous rappeler que la vie va plus loin que les repères et limites que nous cultivons. Que nos restrictions viennent de nous-mêmes ou de l’extérieur, Jésus vient à notre rencontre pour entendre notre parole: « Et vous, qui dîtes-vous que je suis ? ».

Amen.
Nicolas Merminod

 

Prière de Janine Feller (Le grand livre des prières).
Mon Dieu, j’aime la plénitude qui jaillit du corps, force de la vie, traversant les saisons et les âges.
Quelle découverte pour moi fut la plongée dans une prière versée par mon rythme vital, relié à celui de tous les vivants…

En Inspirant: je reçois de toi le souffle qui m’anime.
En expirant: je te rends la vie que tu m’as données.

Minutes précieuses de la présence à soi, partant du centre de moi-même, où le silence du corps attentif peut devenir rencontre avec toi, rencontre où peu à peu je suis devenue moi.
Corps de jeunesse à l’activité à triomphante, corps de douleur affaibli par les ans, marqué par la fatigue et par l’épreuve.
Tu me soutiens dans ce rythme incessant et tu seras présent quand ma vie va basculer dans ta vie, corps et âme, pour la joie finale.