©Jorisvo/123RF.COMEve, stained glass window in the church of Dinant, Belgium.

Une foi si concrète
Prédication sur Genèse 2,7-9.15-17 et Genèse 3

Retour à la simplicité
Ce texte biblique me fascine tant il pose de questions. Pourquoi est-ce que Dieu interdit à Adam de manger du fruit de l’arbre de la connaissance mais ne dit rien pour l’arbre de vie ? Pourquoi est-ce que Dieu veut absolument éviter qu’après avoir mangé du fruit de l’arbre de la connaissance ils ne mangent aussi du fruit de l’arbre de vie? Des questions difficiles… J’ai passé des heures à étudier ces textes, ce qui me permet de suggérer quelques pistes mais pas d’apporter de réponse définitive. Dès que nous ouvrons ces questions, la simplicité se perd.
Et que dire des conséquences ? Le serpent est condamné à ramper, la femme accouchera dans la douleur et l’homme devra travailler le sol pour se nourrir… Sans compter aussi l’éloignement physique de Dieu. En plus de ces conséquences, toutes les relations deviennent soudain compliquées: lutte entre le serpent et la femme, rapport de domination entre la femme et l’homme, effort de l’homme pour avoir de quoi survivre… La simplicité se perd.
À la base de tout cela, un arbre… Pourquoi Dieu a-t-il mis l’arbre de connaissance au centre du jardin? S’il voulait éviter que l’humain n’en mange, il aurait pu le mettre ailleurs! En même temps, je remarque que l’interdit nous paraît toujours être au centre. Est-ce que l’arbre est vraiment au centre du jardin ou plutôt de l’attention ? Même comme lecteurs, nous remarquons que cet arbre est distingué des autres ; il va donc se passer quelque chose. C’est la chronique d’un drame.
Quand la simplicité se perd-elle ? On pourrait dire que c’est quand la femme et l’homme mangent le fruit mais on pourrait aussi dire que c’est au moment où la femme écoute le serpent et se laisse séduire. Voici les mots de la séduction : “Vous serez comme des dieux.” La femme prend alors conscience que les choses pourraient être différentes. Quand Dieu expulse les humains de l’Éden, c’est pour éviter qu’ils ne mangent de l’arbre de vie car ils seraient alors immortels (3,22). La tentation repose sur un principe simple: si les choses peuvent être différentes, pourquoi nous contenter du statu quo ? Si nous pouvons améliorer notre situation, pourquoi nous en priver ?
La perte de la simplicité est avant tout une fissure dans la confiance. Au départ, la femme et l’homme respectent l’interdit et ne semblent pas se poser de question. Maintenant que nous avons hérité la connaissance et même que nous la revendiquons – bien qu’avec des appréciations diverses –, le retour en arrière est impossible. Nous ne pouvons qu’aspirer à retrouver une certaine simplicité. Même si nous pensons nous comprendre les uns les autres, même si nous pensons avoir compris Dieu, la réalité nous rappelle que nous sommes souvent en lutte, que nous nourrissons souvent des tensions ; c’est ce que rappellent les “malédictions” (3,14-19). La connaissance n’est pas la solution pour revenir à la simplicité. Seule l’acceptation de nos limites humaines, la reconnaissance que nous ne sommes pas des dieux permet de revenir à la simplicité.

Amour et pédagogie
Dans ce récit de la Genèse, on aime bien imaginer un Dieu juge et sévère. On se complaît à voir Dieu comme celui qui surveille nos faits et nos gestes. D’ailleurs la preuve c’est qu’il a donné un interdit aux humains dans le jardin d’Eden. Cet arbre c’est un prétexte n’est-ce pas ? Et Il n’attend plus que le moment où Il pourra les prendre en fautes et les sanctionner !
D’ailleurs, et le serpent le relève justement, Dieu a dit qu’Adam et Eve mourraient s’ils mangeaient de l’arbre de la « connaissance du bien et du mal ». Non, en vérité ils ne sont pas morts, ils sont devenus comme des dieux est-ce écrit. Le serpent est donc un ami plus sincère que Dieu ?!? Vraiment ???
Et, en tant que parents, comment décririez-vous la relation qui vous uni à votre/vos enfants ? De l’amour. Oui. Et malgré cela, ou grâce à cela, vous instaurer des règles pour vivre au quotidien avec vos enfants. La psychologie est claire sur ce point : l’amour ne suffit pas, il faut la sécurité d’un cadre ! Des règles est-ce un manque d’amour ? Une marque d’autoritarisme ?
Le serpent insinue que Dieu ment, qu’Il veut instaurer une relation de dépendance en les maintenant dans l’ignorance. La relation se trouble. Le doute s’immisce dans la confiance. Le tentateur ne dit pas « Dieu ne vous aime pas », car il sait que c’est un mensonge. Et le serpent est étonnamment honnête ! Il induit un questionnement sur le sens. « C’est vrai ça, pourquoi Dieu ne veut pas que nous ayons la connaissance ?! » Le serpent se pose comme l’ami sincère d’Adam et Eve contre Dieu.
La femme et l’homme se laissent tenter…. Résultat ils réalisent qu’ils sont nus…dans le langage biblique cela révèle la faiblesse. C’est assez intéressant : Adam et Eve voulaient savoir, avoir la connaissance et ce qu’ils découvrent, c’est leur petitesse, leur état de fragilité !! La deuxième conséquence de cette situation est la honte. Ils se cachent… de Dieu, mais aussi l’un de l’autre. La relation n’est plus seulement troublée, elle est rejetée : « cachons-nous ! ».
Dieu va donc agir comme un juge, il est vrai. Interrogatoire, jugement et sanction. La défense était faible…D’ailleurs, elle est risible. « Ce n’est pas moi, c’est l’autre ! » C’est très enfantin !! Les choses auraient pu être différentes, si l’un ou l’autre avait admis « Je me suis trompé. Je suis désolé » Qui sait…Dieu les punit, mais ne les abandonne pas. Les récits de l’AT sont là pour l’attester. Mais la relation est délicate, tendue. Les hommes vont se conformer à tout un panel de lois, de codes, de rituels dans l’optique d’adoucir ce Dieu qu’ils voient comme terrible et vengeur. Vraiment ?! Cela peut paraître une histoire ancienne, une histoire qui ne nous concerne pas. Et pourtant ! Dans le NT, Jésus parle de Dieu comme d’un Père. Une figure d’autorité, mais surtout une figure de confiance, de sollicitude. Il nous dit que Dieu veut une relation personnelle avec chacun. Lorsque Jésus qualifie Dieu de Père, c’est une nouvelle vision de Dieu qu’il dévoile. Et dans cette perspective nous devons, chacun, nous positionner : « Est-ce que j’accepte cette relation à Dieu notre Père ? »
Ne restons pas sur une vision d’un Dieu juge qui chasse les humains du jardin d’Eden. Regardons la figure d’un Dieu-Père aimant, patient, doux et qui a des projets de paix pour ses enfants !

Amen.