« Je vous attends… dehors! »

«Le culte, oui! et après ?»

Marc 1, 2939 Actes 2, 1-4
Marc nous montre Jésus qui sort du culte et qui se rend chez ses amis Simon et André. Là, il guérit la belle-mère de Simon (on ne sait d’ailleurs pas ce que ce dernier en a pensé !). Ce que je retiens, c’est que Jésus sort de la synagogue. Il n’y reste pas toute la journée, à enseigner, à prier. Il sort… et il est amené à agir, à guérir.
Cela se sait vite dans le village : « le soir… les gens amènent à Jésus tous les malades ». Une foule se rassemble devant la maison, et « Jésus guérit toutes sortes de malades ». Alors « le matin suivant, Jésus se lève, sort de la maison et va dans un endroit désert ». Quelques miracles, et déjà Jésus a besoin de se retrouver seul, seul avec lui-même et avec Dieu. Il ne retourne pas à la synagogue, il s’enfonce dans le désert. Besoin de souffler, de respirer. De retrouver ce désert dans lequel il a déjà passé 40 jours. Ce désert de tentations repoussées, ce désert de méditation, ce désert de vocation.
Mais il ne peut y rester longtemps : les disciples suivent ses traces dans le sable et la poussière. « Tout le monde te cherche ». Evidement ! Ce guérisseur devient vite indispensable, pour ceux qui souffrent, pour les familles des malades, et même pour les disciples sur qui rejaillit certainement un peu de l’aura de ce nouveau thaumaturge (personne qui fait des miracles, notamment des guérisons).
Or Jésus répond : « Allons ailleurs, dans les villages voisins… Je dois y annoncer la bonne nouvelle. C’est pour cela que je suis venu. Et Jésus va dans toute la Galilée » Ailleurs, encore. Là où on ne l’attend pas. Oui, Jésus a d’abord répondu positivement à ceux et celles qui avaient besoin de guérison, mais sa mission est intégrale. Elle est plus large géographiquement (pas seulement à Capharnaüm, mais dans toute la Galilée), elle est plus large humainement (pas seulement le corps, mais l’âme, l’esprit). Pour cela, Jésus a enseigné autant qu’il a guéri. La plus grande partie du récit d’aujourd’hui se passe hors de la synagogue, hors de l’église. Certes, c’en était le point de départ, mais ensuite tout ce que Jésus fait se passe hors du cercle religieux.

C’est ce que j’aimerais explorer avec vous:
1. Quelle est la place de ce culte dans ma vie?
2. Est-ce que ma vie spirituelle a d’autres lieux et d’autres temps pour s’exprimer?
3. Est-ce que je vis et mets en œuvre la bonne nouvelle passé le seuil de cette église?

  1. 1. La place du culte
    C’est le thème qui est proposé par DM pour ce Dimanche missionnaire 2021. Il est d’actualité ! Avec la pandémie, nos habitudes sont chamboulées, dans notre vie quotidienne bien sûr, mais aussi dans notre vie spirituelle et dans nos célébrations. Des cultes ont dû être annulés, certains sont vécus en ligne, à distance, par écran interposés, d’autres comme aujourd’hui peuvent avoir lieu, mais au prix de nombreuses contraintes. Cela est difficile à vivre, certes. Mais cela pose des questions sur la place que nous accordons au culte: Qu’est-ce qui me tient à cœur? Qu’est-ce qui me manque? Qu’est-ce qui me porte? Qu’est-ce que j’aimerais changer? Garder? Pourquoi nos cultes n’intéressent-ils pas grand monde? pourquoi je n’y viens pas? Est-ce qu’on peut changer de forme et de langage et garder quand même ce qui nous soutient et nous nourrit? Et, surtout, en quoi ce culte me fait m’engager, agir, vivre la bonne nouvelle ?

Mettez-vos questions, vos réflexions par écrit et faitesles parvenir à Nicolas Merminod ou à moi !

  1. 2. Est-ce que ma vie spirituelle a dautres lieux et dautres temps pour sexprimer?
    Je vous pose, je nous pose cette question, car il m’a semblé que l’annulation des cultes a agi comme si nous étions privés de tout apport spirituel. De votre côté, j’ai senti parfois du désarroi, de la souffrance même. Du côté des ministres dont je suis, soit par moment une suractivité pour essayer de compenser par d’autres moyens, techniques, numériques, soit par moment comme une paralysie : on ne peut plus se réunir, je ne sais plus quoi faire…
    Et ça me pose la question: de quelle manière et à quel moment je peux vivre ma spiritualité en dehors du culte? Est-ce que c’est vraiment à l’Eglise, à la paroisse, au pasteur, au diacre de continuer à proposer des offres, ou est-ce qu’en tant que chrétien·ne, en tant qu’humain, j’ai l’envie et la capacité de trouver des moments pour me rapprocher de Dieu, pour me rapprocher des autres?
    Jésus s’en est retourné au désert. Pas parce qu’il n’y avait plus de culte, mais parce qu’au désert il savait qu’il pouvait aussi être lui-même, et peut-être même mieux, être proche de Dieu. Dans ce désert des cultes et des rencontres annulés, est-ce que je ne trouve pas une possibilité de me rapprocher de Dieu, de l’écouter? Est-ce que ne n’ai pas un livre que je n’ai jamais eu le temps de lire ? Est-ce que je pourrais me prendre un temps de silence pour respirer et écouter?
  1. 3. Est-ce que j’ai envie de vivre, de partager et de mettre en œuvre la bonne nouvelle passé le seuil de l’église?
    Jésus n’est pas resté tranquille très longtemps. Peut-être aurait-il encore voulu rester à l’écart un moment?
    Certaines personnes sont venues au culte ce dimanche, mais peut-être certaines ne se sentent pas encore prêtes à se retrouver en communauté. Oui, on subit cette sorte de confine-ment, de solitude, imposés par la pandémie, mais en même temps on a peur de sortir, de voir du monde. On en a marre, mais en même temps on resterait encore bien un moment dans notre petit désert à nous…
    Après tout ça, oui, on a envie de revenir à la normale. On a envie que ce soit comme avant. Les disciples aussi on envie que ce soit comme avant : les gens réclament Jésus, ils veulent être guéris, les disciples veulent que Jésus continue à guérir.
    Mais Jésus ne veut pas revenir comme avant : « Allons ailleurs ». Ailleurs aussi, il faut annoncer la bonne nouvelle. Son ailleurs n’est pas très loin : il est un élargissement. A toute la Galilée.
    On l’a vu, ces derniers mois : plusieurs d’entre vous ont distribué les prédications chaque week-end à des personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas venir au culte. Ces messages sont appréciés, mais ce qui revient à nos oreilles, c’est que c’est le lien qui est encore plus apprécié. C’est une belle manière «d’aller ailleurs», d’élargir l’espace de la bonne nouvelle. L’Eglise, l’institution, les pasteurs ne sont pas tout et ne font pas tout. L’Eglise, c’est nous tous-toutes. Pas seulement le dimanche matin, mais chaque fois que la bonne nouvelle est annoncée, chaque fois qu’elle est partagée, chaque fois que quelqu’un se sente guéri par une parole, un geste, une visite, un téléphone, un don, du bénévolat. Nous avons tout en main pour participer à ce royaume, mais mieux encore, nous en recevons la force. Les disciples l’ont vécu à Pentecôte : rassemblés ensemble, c’est l’Esprit qu’ils ont reçu. Cet Esprit ne leur a pas seulement fait vivre un culte plus beau, plus intense, plus joyeux : cet Esprit les a poussés à parler dans des langues qu’ils ne maîtrisaient pas, cet Esprit les a poussés à élargir leur champ d’action, de témoignage. Puissions-nous recevoir nous-mêmes à chaque fois que nous nous réunissons, ce même Esprit qui nous pousse à témoigner et à agir, même et surtout en dehors du seuil de l’église.

Notre culte est – et sera – ce lieu où nous recevons cette force. S’il n’est pas cela, alors nous devons changer quelque chose, le faire évoluer. Reprendre comme avant? Oui, peut-être. Si le culte répond à cela. Mais si le culte ne nous fait pas rayonner et témoigner en dehors, alors nous devons envisager de le faire évoluer. C’est à cette aune que nous pourrons définir ensemble quel culte nous voulons vivre, au-delà de nos envies, de nos habitudes, de nos préférences. Oui, nous avons des choix à faire, des «ailleurs» à découvrir et à visiter, portés par l’Esprit.

Amen.
Bertrand Quartier

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