Quatre textes bibliques, parce que lEsprit souffle partout et de tous temps

Genèse 11, 19
Manque d’esprit…

« Il était une fois une très grande tour. Tous les bâtisseurs travaillaient ensemble et parlaient la même langue. Mais plus la tour s’élevait, plus les bâtisseurs parlaient de manières différentes. La tour s’est approchée de Dieu, mais les bâtisseurs avaient oublié pourquoi ils la construisaient. Les bâtisseurs sont devenus très fiers. Ils pensaient qu’ils étaient devenus meilleurs bâtisseurs que Dieu lui-même. Chaque groupe pensait qu’il était meilleur que les autres.

Un grand bruit, un vacarme a remplacé leurs paroles. Cela n’avait plus de sens. Tout le monde racontait du bla-bla. La tour s’est écroulée. C’est pour cela qu’elle s’appelle la Tour de Babel. Le langage de chacun sur terre s’est brisé en morceaux. Chaque langue était belle, mais chacune était brisée. »

Babel, la « porte des Dieux » (d’une langue mésopotamienne). La ville qui voulait atteindre Dieu, la ville qui voulait devenir Dieu. Le narrateur de la Genèse fait un jeu de mots entre les racines BBL (Babylone) et BLL (balal), qui signifie confusion. Un empire qui voulait unifier, uniformiser pour mieux régner, se voit jeté dans la confusion. Ses plans de rejoindre le ciel pour dominer la terre sont réduits à néant. Il n’en reste que des ruines et l’écho des langues du monde qui continuent à babiller (babil / Babel) chacune dans son coin.

Le narrateur constate que l’empire babylonien a été balayé, les populations dispersées. La puissance s’effondre. On peut y voir une analogie avec le déluge : Dieu intervient (en détruisant ou en jetant la confusion) pour briser l’arrogance des humains.

On peut aussi y lire que lorsque les humains tentent de s’arroger un pouvoir unique, totalitaire, leur rêve se casse la figure, tôt ou tard.

 

Jean 20, 1923            
Les disciples reçoivent l’Esprit.

Soir  de Pâques. Soir de deuil. Soir de peur. Soir d’enfermement. Soir de désarroi. Soir sans lendemain. Et Jésus vient. Il donne sa paix. Il souffle l’Esprit et demande aux disciples de le recevoir : « Recevez l’Esprit Saint ».
Je vous le donne, mais c’est à vous de l’accepter. C’est comme un cadeau : on le reçoit sans rien demander. Encore faut-il le déballer et en faire usage !

Mais, me direz-vous: l’Esprit-Saint, n’est-ce pas à Pentecôte ?

 

 

 

Actes 2, 14
L’Eglise (les croyant-e-s) reçoit l’Esprit.

En quelques semaines, les disciples se sont organisés. Ils sont à nouveau douze. La communauté compte 120 membres. Tous sont réunis pour la  Pentecôte (Chavouot), le cinquantième jour après la Pâque (Pessah), la traditionnelle fête de la moisson, la commémoration du don de la Loi au peuple de Dieu. Des pèlerins juifs de tout le Moyen-Orient remplissent les rues et les places de Jérusalem. On entend parler toutes les langues.

L’Esprit promet une autre moisson : il donne aux croyant·e·s la faculté de s’adresser aux foules dans leurs langues. « Do you speak Spirit ? Yes ! »

La bonne nouvelle est plus grande que la Loi. L’amour est plus grand que les divisions. L’Esprit, c’est le contraire de Babel : le langage de l’Esprit est compréhensible dans toutes les langues, il relie les humains plutôt que de les diviser !


A
ctes 10, 44-46a
Tous ceux qui écoutent reçoivent l’Esprit.

Pierre a compris que la bonne nouvelle n’est pas réservée au peuple de Dieu : elle est destinée à rendre libre toute personne, qu’elle que soient son origine, sa provenance, sa religion. La bonne nouvelle est plus grande que l’Eglise, l’amour est plus grand que les catégories humaines. L’Esprit, c’est le contraire de Babel : le langage de l’Esprit s’adresse à chacun·e qui l’écoute. Dans nos différences de langue, de culture, de classe sociale, d’âge, de genre, il fait de nous des sœurs et des frères, enfants aimés de Dieu, appelés à s’aimer les un·e·s les autres.

Oui, c’est juste : l’Esprit-Saint, c’est à Pentecôte. Mais aussi le soir de Pâques, à Jérusalem. Mais aussi chez Corneille, à Césarée. Et aujourd’hui, à l’église de Mézières. Et chez toi. Et chaque fois que quelqu’un écoute la bonne nouvelle. C’est ainsi qu’un seul récit ne suffit pas pour dire toutes les dimensions de l’Esprit, pour dire toutes les fois où il se fait entendre, où il se donne. L’Esprit est à recevoir, encore et encore.

L’Esprit est le carburant de la foi. Comme un véhicule a besoin de faire le plein lorsque le réservoir est bientôt vide, ainsi chaque jour je reçois la dose d’Esprit dont j’ai besoin.

« Prends une pierre et lancela vers le ciel : est-ce que tu l’atteindras ? Ou bien prends un arc et lance ta flèche vers le ciel : est-ce que tu le perceras ? Autant ces choses sont impossibles, autant les esprits des créatures terrestres sont impuissance et faiblesse.

Pense à la force den haut : la grêle est un tout petit grain, mais quand elle tombe sur la tête d’un humain, elle lui fait vraiment mal. Ou bien prends la goutte qui tombe du toit sur la terre : elle finit par percer la pierre !

Tu vois donc : les plus petites choses qui tombent d’en haut sur la terre ont une grande force. Ainsi l’Esprit de Dieu qui vient d’en haut est-il puissant. Mets donc ta confiance en cet Esprit. »

Hermas, IIe siècle